Les Temples d’Angkor

Ce sont des cités disparues que l’on redécouvre à présent comme des trésors enfouis. Des cités somptueuses créées à l’âge d’or du peuple Khmer, quand le royaume s’étendait de part et d’autre, avalant des bouts de la Thaïlande, du Laos et du Vietnam. Des villes conçues par des rois à l’ego démesuré, ils érigeaient des temples qui rivalisaient de perfection et de grandeur.

Des dieux-roi bâtisseurs : ils voulaient marquer l’Histoire, que le monde s’incline face à leur puissance, et les admire à jamais. Pendant des siècles, ces rois mégalomanes ont fait construire des cités immenses : Angkor Thom aurait compté 1 million de personnes selon le Lonely Planet, quand à la même époque Londres n’en comptait que 50 000 (mais puisque les différentes sources ne parviennent pas à se mettre d’accord, disons qu’ils étaient nombreux !).

Et pourtant… La splendeur des temples d’Angkor que l’on disait éternelle n’était pas grand-chose face au lent déclin du royaume. Les invasions, les guerres et les famines ont soufflé sur les cités légendaires comme de simples poussières. Les cités furent abandonnées, puis oubliées.

Les temples d’Angkor forment maintenant le site historique le plus visité du Sud-Est asiatique.

Pour découvrir une telle merveille, il a donc fallut nous adapter aux cars de touristes, aux vendeurs ambulants qui nous poursuivaient sans cesse, à la chaleur écrasante lorsque nous arpentions les vastes sites…

C’est certain, les premiers explorateurs devaient avoir une impression toute différente quand ils ont visité pour la première fois Angkor !

Mais quand on parvient à éviter la foule, que l’on slalome entre les groupes, que l’on divague de temples en temples à vélo…

Nul doute qu’Angkor nous charme ! Et c’était agréable de visiter le site à vélo, car on pouvait pédaler à l’ombre des arbres, sur un terrain plat, comme dans un grand jardin parsemé de poches de jungles et de temples.

Nous avons donc admiré la finesse des sculptures et des ornements…

Nous avons appris un peu de l’Histoire et des légendes du royaume Khmer à travers les bas-reliefs du Bayon et d’Angkor vat.

Les immenses visages sculptés se détachaient des tours des temples comme des apparitions

Et nous rassuraient de leur présence bienveillante et souriante.

Comme des observateurs amusés par la « comédie humaine » !

Malgré leur état de demies-ruines, les temples révélaient leur beauté fanée au milieu des arbres.

Et le spectacle de la jungle envahissante nous a subjugués.

Les racines des arbres ont poussé sur les temples, se moquant des pierres, les engloutissant comme des pieuvres géantes, étouffant les murs comme des boas constricteurs.

Mais de cette mort lente est né un autre monument, mariage de l’architecture humaine et végétale : un temple-forêt, une porte-arbre, un mur-jardin…

Et cela nous a fait pensé à la rivière aux mille Linda, où les hommes ont sculpté et taillé la roche au cœur même de la rivière. A travers l’eau, on devine un sol carrelé, une nymphe de pierre se laisse flotter, tandis qu’un visage de mousse et de roche se rafraîchit sous l’écume du courant.

A l’ombre des grands arbres, assis en face des temples, on a rencontré un vieil homme sans dents, heureux de nous parler en français. Au fil de la conversation, il nous a raconté son histoire, celle de son pays ravagé par les khmers rouges.

Chan Ny est né en 1933, il a appris le français à l’école quand le pays était encore une colonie française. Il est devenu instituteur à Siem Reap. Alors quand les Khmers rouges sont arrivés il n’a pas révélé sa profession, il a caché sa connaissance de la langue française. Car tous les intellectuels, les docteurs, les artistes et les étrangers étaient torturés et tués systématiquement.

(Peinture d’un peintre rescapé de la prison S 21, image tirée de museumsyndicate )

Les villes vidées, il a travaillé comme tous ceux qui étaient « corrompus par l’Occident » dans un camp de travail forcé. Il devait couper les grands arbres de la jungle à la hache, ses mains en portent encore les stigmates. Sa femme et ses deux enfants n’ont pas survécu au camp de travail, comme beaucoup ils sont morts de faim et d’épuisement.

(image tirée de museumsyndicate)

Et quand on écoutait le vieux Chan, on était bouleversé par ce pays habité par de si grandes contradictions. A l’image de son visage souriant qui nous racontait cette terrible histoire, les yeux humides. Les Cambodgiens portent une histoire effroyable en eux, ils pleurent parfois mais ils sourient toujours. Beaucoup sont des victimes, mais les plupart des anciens bourreaux vivent par mis eux, tranquillement. Les gens – les victimes en tous cas- vous racontent volontiers leur triste et ressent passé, ils semblent soulagés de se confier. Mais de la situation actuelle on n’en parle pas. On bredouille tout bas, et comme s’il y avait encore des espions autour de nous, on pose un doigt sur la bouche « chut ! », « ne dites pas que je vous l’ai dit ».

A Angkor Vat les khmers rouges ont ravagé nombre de sculptures.

Mais la jungle dense et envahissante a paradoxalement protégé la plupart des sites, les arbres enserrant les temples de leurs bras protecteurs.

Nous avons été touchés par le Cambodge. Même si nous ne l’avons pas toujours bien compris, et en dépit de son lourd passé, c’est un pays rempli de charme et de sourires…

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